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Les managers en automne

En automne, les feuilles commencent à tomber, les journées se raccourcissent, la lumière est moins vive. Ces changements naturels sont propices à la remise en question, au doute, à la désynchronisation. Cette période peut être source de changement voire de transition car on commence à ressentir l’incertitude. L’hiver approche et il peut être long. L’hiver marque véritablement la fin de quelque chose, d’une époque, d’une façon d’être ou de faire et l’automne permet de s’y préparer.

Les managers d’aujourd’hui sont en automne. Ils sont contraints de composer avec les changements de société qui se produisent plus ou moins rapidement devant leurs yeux. Ils se retrouvent coincés entre des objectifs de productivité, martelés à longueur de temps par leur direction, les médias, les injonctions sociétales et des changements de valeurs générationnelles. Dès lors, comment manager une équipe lorsque ces valeurs générationnelles sont en pleine mutation ?

Un manager a ses propres contraintes car il doit souvent répondre aux exigences de sa propre hiérarchie qui demande toujours plus et plus vite. Parallèlement, il a pour rôle essentiel de transmettre l’énergie à son équipe qui, en bout de chaine, se doit aussi d’être performante.

Mais comment peut-il transmettre ses exigences à l’heure du « toujours plus » (provoquant comme on le sait de lourdes conséquences sur les risques psychosociaux) ? Comment manager des personnes qui vivent au quotidien dans un état de perte de sens dans le cadre d’un management directif ou pyramidal ? Ce dernier est encore pratiqué en grande majorité dans les entreprises et les institutions. En effet, la génération qui a pour valeurs l’autonomie, la quête de sens, la réalisation de projets collectifs partagés, le développement personnel et professionnel « ne désire pas travailler dans l’entreprise telle qu’elle est aujourd’hui ». Il ne s’agit pas une fiction, c’est un fait concret et les nombreuses études sur les générations Y et Z qui se multiplient sur le web viennent étayer cet argument. A l’heure où à l’échelle gouvernementale, on souhaite généraliser le CDI, ce type de contrat est un train de mourir à petit feu, lentement et naturellement. Le travailleur d’aujourd’hui considère une entreprise comme un mouchoir en papier : si elle ne lui convient plus, il change et il faudra user de malice et surtout de bienveillance pour le retenir. Ce sont des réalités qui n’existaient pas il y a encore 10 ans et qui posent le problème de la pérennité des postes. La notion même de « travail » est en pleine mutation, au point même que dans certains pays (Finlande) le revenu minimum universel (ou revenu de base) soit en passe d’être expérimenté.

Le vent d’octobre commence à souffler

 

Le dicton dit « il faut savoir vivre avec son temps ». C’est donc au manager de se remettre en question car dans le cas inverse, il se heurte à un mur. Le manager focalisé sur des notions de chiffres et des objectifs de rentabilité (le comptable régulateur), fait aujourd’hui fausse route. S’il veut éviter que son rôle devienne archaïque, le manager de demain est celui qui saura davantage déléguer, qui saura se mettre à égalité avec ses subordonnés (ses collègues ?), qui saura redonner du sens, une vision et construire un projet collectif. Il aura aussi pour savoir-être de transmettre de la confiance, de l’énergie et saura valoriser la créativité et les idées nouvelles. Il devra aussi accepter le fait qu’il ne puisse pas tout contrôler. Il aura le droit à l’erreur et cela lui confèrera de l’humanité au regard de son équipe. Le manager du XXIème siècle sera celui qui réussira à garder et fédérer « ses troupes » autour de lui. Son rôle va radicalement changer : de comptable ou gestionnaire, il deviendra « accompagnateur, coach » et sera un grand communiquant.

Par ailleurs, la notion de temps de travail est de plus en plus remise en question. En effet, des plages dédiées au télétravail (pour des raisons écologiques, avec moins de perte de temps dans les transports) seront de plus en plus aménagées. Cette nouvelle réalité rendra le contrôle du manager envers ses employés beaucoup plus difficile.

Le manager doit prendre en compte tous ces changements et s'y préparer car le vent d’octobre commence à souffler : « Winter is coming ».