Aller au contenu

Comment gérer ses émotions de fin de journée ?

Avoir des émotions, « c’est comme respirer », « on ne peut pas ne pas être ému »*. Les émotions nous gouvernent au quotidien, leur échapper est impossible. Nous ne pouvons les séparer de notre être, elles font partie de nous. Pour autant, dans nos sociétés, nous avons beaucoup de difficultés à les connaître, à les comprendre, à les divulguer, à les partager et à les utiliser de façon adéquate. Il est presque honteux d’être en colère, triste ou encore apeuré. La joie est souvent dissimulée.

Chaque émotion possède une fonction vitale

 

La peur est un réacteur qui nous prévient d’un danger imminent, elle est un garde fou pour éviter de prendre trop de risque pour sa vie. A l’inverse, elle peut paralyser et par conséquent limiter les chances de survie. La tristesse, qui nous déprime, nous accompagne aussi à faire des choix plus en phase avec nos intérêts et nos valeurs (afin d’éviter la reproduction de cette sensation désagréable). C’est une émotion qui sert de boussole. Elle permet aussi de prendre du recul, de se mettre en mode « cocooning ». La joie est transcendante mais peu être douloureuse après coup. Elle est une sensation forte recherchée au quotidien, elle créée l’enthousiasme, la créativité, aide à prendre une décision. Elle nous conduit aussi à prendre des risques et peut vite devenir une addiction. La joie n’est que passagère, d’où son versant dramatique (à la différence de la bonne humeur ou de bonheur, moins intense mais plus durable). Enfin, la colère est un carburant qui nous prépare à la confrontation face à une injustice vécue, un désaccord sur des valeurs, une frustration ou encore une agression. Nous pouvons aussi être en colère contre nous-mêmes car nous avons mené des actions à l’insu de nos valeurs et notre identité, ou parce que nous avons été guidés par des injonctions contraignantes. La colère refoulée a des conséquences néfastes sur la santé physique et psychique : cela provoque l’effet « cocotte minute », à un moment, cela explose d’une façon ou d’une autre. C’est une émotion compliquée à gérer et socialement rejetée.

L'effet papillon

 

En fin de journée, après avoir passé une journée de travail harassante, passé du temps dans les transports, avoir répondu à des demandes, parfois un peu « violentes », transmises par injonctions par les autres ou par soi même (« il faut que », « tu dois », « tu ferais mieux de… », « je dois… ») et, enfin, avoir couru pour satisfaire tout le monde (« fais plaisir »), il est tout à fait légitime de vous sentir submergé par les émotions. Dans ce cas, c’est souvent la colère qui est en jeu (parfois mêlée de tristesse ou de peur). Néanmoins, étant donné que dans le milieu professionnel, il est plutôt inconvenable d’exprimer sa colère, sa tristesse ou sa peur, vous avez enfoui tout cela, et réalisé ce que l’on appelle communément le « collage de timbres ». Le moment où la goutte d’eau déborde du vase peut arriver à n’importe quel moment et, c’est malheureusement dans un autre de vos domaines de vie (le couple, la famille, la vie sociale, etc.) que cela se produit. Avec la colère, par exemple, la moindre petite étincelle suffit à faire enflammer le tout, alors même que la cause est souvent bien antérieure à l’explosion. C’est l’effet papillon. Une remarque d’un collègue au café peut se répercuter sur la soupe du soir. Combien de soirées conflictuelles pourraient être évitées, voir même des ruptures, si vous vous autorisiez un sas de décompression avant de changer de domaine de vie ? Combien de soirées gâchées en moins si vous preniez en compte ce qui se joue en vous au niveau émotionnel à l’instant où vous devez changer d’univers ? Et si vous preniez cinq minutes pour retrouver la cause de votre colère, de votre tristesse, de votre peur au moment où vous franchissez la porte, qu’est ce que cela pourrait changer dans votre fin de journée ?

Comment votre colère pourrait vous servir ensuite de carburant pour faire du sport ? aider votre conjoint(e) ? œuvrer pour une association ? jouer avec vos enfants ? etc.

Dans ce sas, comment votre peur pourrait vous servir à être attentif exactement là ou c’est nécessaire ? à faire vos comptes ? à prendre soin de vos enfants ? de votre conjoint(e) ?

Dans cet interlude, comment votre tristesse vous offrirait l’occasion de vous occuper de vos besoins ? méditer ? vivre votre art ou encore vous relaxer ?

Et votre joie de vivre ? En quoi pourrait-elle vous être utile ce soir ?

    * François LELORD, Christophe ANDRE, La force des émotions amour, colère, joie, Odile Jacob 2003.