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Ouvrir ses cartes du monde : un pré-requis de la relation d’accompagnement.

« Stéphane est étudiant en école de commerce », « Luc est cadre commercial dans un groupe pharmaceutique », « Samir est demandeur d’emploi »,« Fanny est agent d’entretien dans un lycée ».

En lisant les quelques éléments bibliographiques de ces personnages, qu’imagine-t-on spontanément ?

Il est probable que nous imaginions que Stéphane soit un « fils à papa » car il est en école de commerce. Il est possible que nous voyions Luc gagnant bien sa vie mais toujours sur la route. Au contraire, il est envisageable que nous éprouvions un peu de peine pour Samir, probablement en difficulté professionnelle et pour Fanny, pour qui l’enchaînement de petits boulots et les difficultés financières sont sans doute une réalité.

Cependant, de telles pensées émanent bien souvent de nos propres représentations :

- dans le langage familier, il s’agit de «  clichés », « cases », ou encore d’« étiquettes ».

- dans un langage plus scientifique ou technique, notamment en P.N.L (Programmation Neuro-Linguisitique), on les nomme « les cartes du monde ».

La carte n’est pas le territoire : 7 milliards d’êtres humains, 7 milliards de cartes du monde.

La réalité de ces personnages fictifs est en fait bien différente de la représentation que nous pourrions avoir de prime abord :

« Stéphane finance son école grâce à des petits boulots qu’il effectue le soir après les cours », « Luc est en fin de contrat C.D.D, il remplaçait une personne en arrêt maladie », « Samir inaugure son agence immobilière, et dans quelques semaines il pourra se payer son premier salaire d’indépendant », « Fanny vit de sa passion pour la danse. Elle n’a pas besoin d’argent mais a décidé de travailler un peu les soirs afin de sortir de son milieu ».

Que l’on se rassure, on tombe souvent dans le piège de nos représentations, de « nos cartes du monde ». Mais comment se construisent-elles ?

Elles émanent de l’information que l’on reçoit, que l’on analyse et que l’on restitue. Nous filtrons l’information par nos sens, plus ou moins développés. Certaines personnes seront plus auditives, d’autres plus visuelles, d’autres plus kinesthésiques. Deux personnes exactement au même endroit à la même heure ne percevront pas la même information (N’oublions pas que les chats voient dans le noir, pas nous). Nous filtrons également l’information en fonction de nos croyances. Celles-ci viennent de notre éducation, de notre culture, de nos coutumes, de notre langage, de notre religion, etc. et elles guident notre façon de penser. Nous pensons aussi le monde comme on nous l’a enseigné. Enfin, notre parcours et notre histoire personnelle construisent notre réalité.

A ces filtres, se rajoutent les distorsions, les omissions et les généralisations que nous faisons d’une réalité « R » (le territoire) insaisissable. Heureusement, car nous serions vite submergés d’informations inutiles. Si vous regardez l’image associée à cet article, vous verrez une route partir vers l’horizon avec l’impression que les deux bords de la route se rejoignent au point de rencontre avec la montagne à l’horizon. On est très loin de la réalité « R » mais notre cerveau simplifie.

Nous avons tous notre propre vision et celle-ci est unique. C’est notre réalité « r », notre carte du monde. Nous avons notre vision du métier de maçon tout comme nous avons notre vision de la vie : le planisphère dessiné de l’Australie ne positionne pas l’Europe en son centre.

Accompagner et manager, c’est ouvrir ses cartes et ne pas se laisser guider par sa propre réalité.

C'est tellement une base dans ces métiers qu’écrire un article de blog sur ce sujet peut sembler inutile et redondant. Pour autant, ce pré-requis est parfois négligé ou tout simplement non acquis.

Accompagner (manager, guider) pertinemment et efficacement, que cela soit dans le cadre d’une orientation, d’un projet professionnel, d’une recherche d’emploi ou d’une évolution au sein d’une entreprise, c’est bannir toute forme de représentation personnelle.

Ainsi, se construire une image de l’accompagné avant même de le connaître, c’est prendre le risque de se tromper complètement à son sujet et de l’amener vers un chemin qui ne lui correspond pas.

Même avec bienveillance et respect, il est fortement délicat, voir inconfortable, de guider la personne vers ce que l’on pense bon pour elle. La guider selon nos propres représentations, c’est potentiellement la juger, l’évaluer, la sous-estimer et la déresponsabiliser.

Dans le pire des cas, cette approche peut parfois conduire la personne à nourrir des rancœurs et des reproches à l’encontre de son accompagnant

Par conséquent, il est primordial qu’un conseiller/accompagnateur/manager ouvre ses propres cartes du monde pour ne pas se laisser guider par ses propres représentations et ses émotions.

En outre, l’empathie nécessaire à l’écoute et à la compréhension de l’autre, sont des atouts qui aident l’accompagné à poser les jalons d’une progression efficace et autonome.

« Une évaluation faite par autrui ne saurait me servir de guide ». Carl Rogers.

Sources :

« Derrière la magie », Alain Cayrol et Josiane de Saint Paul, InterEditions 1984.

« Le développement de la personne », Carl Rogers, InterEditions 2005.

Pour en savoir plus sur la PNL :

 http://www.ressources.be/les_bases_de_la_pnl